mercredi 11 septembre 2013

Charte des valeurs québécoises



Sauf pour lui-même et ses propres suivants, le gouvernement travaille à la disparition du rite, ensemble de gestes et de comportements collectifs, pour en faire un phénomène purement privé, coupé des autres et du lien dicible.

Ce faisant, le gouvernement nous menace tous, parce que la négation, la disparition voulues du mythe et du rite finiront par affecter aussi ceux qui les ont concoctées pour les autres. Nous sommes tous menacés d'in-signifiance, d'a-néantissement, et nous sommes tous rejetés brutalement dans l'inutilité de la vie même.

Il ne s'agit même pas d'un bête retour en arrière de 40 ou 50 ans, mais d'un saut en arrière de 40 000 ou 50 000 ans.

vendredi 6 septembre 2013

Nos valeurs excluent l'exclusion


Plus d’une centaine de professeur-e-s et professionnel-le-s issus de divers milieux signent un texte (ci-joint) pour prendre position contre le projet de charte des valeurs québécoises. Ce texte, intitulé « Nos valeurs excluent l’exclusion », soutient que le projet, en réactivant « des passions tristes et mesquines », n’est pas « à la hauteur de ces autres valeurs » avec 
lesquelles les co-signataires refusent de séparer l’égalité hommes-femmes et la laïcité : « le souci de justice, le désir d’émancipation, le refus du racisme, des stigmatisations et de toutes les formes de domination et d’inégalité quelles qu’elles soient ». Parmi les signataires de ce texte, on trouve notamment Omar Aktouf, Diane Lamoureux, George Leroux, Abby Lippman, Blandine Parchemal, Michel Seymour.






Nous avons en partage des valeurs comme l’égalité entre hommes et femmes et la laïcité de l’État et des institutions publiques. Nous ne pensons pas que ces valeurs appartiennent en propre ni au Québec ni à l’Occident. Nous croyons que ces valeurs ne doivent pas être séparées de ces autres valeurs : le souci de justice, le désir d’émancipation, le refus du racisme, des stigmatisations et de toutes les formes de domination et d’inégalité quelles qu’elles soient.

La liberté «de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé», reconnue dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, ne représente pas pour nous une source d’inconfort, mais un acquis qui doit rester associé au principe même de la laïcité, comprise comme une condition de l’égalité au sein d’une société pluri-religieuse.

L’égalité qui nous tient à cœur inclut l’égalité et l’inclusion que désirent nos concitoyens et concitoyennes venus d’ailleurs ou dont les traditions culturelles et religieuses diffèrent des traditions historiques dominantes. Le désir d’égalité, partout où il se manifeste, ne débouche pas pour nous sur des passions négatives — agressivité, peur de l’autre et de l’avenir, insécurité, sentiment de perte de repères —, mais sur la confiance en ce que les êtres humains ont de meilleur, sur l’empathie et la solidarité.

Nous nous indignons de la démarche que semble privilégier le gouvernement actuel puisqu’elle contribue à l’exacerbation de différences réelles ou présumées, à la caricature de nos concitoyennes et concitoyens rattachées, souvent de force, à ces « minorités » sur le dos desquelles on souhaite édifier une communion nationale défensive et hargneuse parce que sans projet. Du reste, cette démarche nourrit le fantasme d’une définition non conflictuelle de la collectivité québécoise.

Il n’est pas surprenant de constater l’importance démesurée qu’accorde le gouvernement Marois à ce projet répressif et diviseur. Ayant abandonné toute perspective de justice sociale au nom du conservatisme fiscal, toute vision écologiste au nom de l’économisme à courte vue et tout projet national émancipateur, ce gouvernement à la dérive n’a plus que la carte identitaire à jouer pour déjouer ses adversaires encore plus à droite et si possible diviser la gauche au nom de la laïcité. Incapable d’être souverain à l’égard des banques, des minières, des pétrolières, des conglomérats médiatiques et de toutes les puissances économiques de plus en plus sourdes aux aspirations populaires, le PQ se donne des airs de souveraineté en se trouvant des proies faciles.

La charte projetée procède d’une vision autoritaire de la laïcité visant à bannir des institutions et des services publics les personnes portant des signes religieux apparents, tout en autorisant la présence de crucifix à l’Assemblée nationale ou dans les salles où siègent les conseils municipaux. Loin d’être une contrainte imposée à l’État pour assurer l’égalité et la liberté des personnes, cette laïcité consiste non seulement à forcer un processus de sécularisation, mais à réaffirmer une hégémonie culturelle. Il s’agit de normaliser des pratiques sociales à coups d’interdictions retirant des droits et produisant de l’exclusion et des discriminations. Une telle laïcité est contraire au sens historique de la laïcité, fondé sur le double principe d’intégration universelle et de neutralité de l’État et des institutions publiques. En principe, la neutralité des institutions, rendue possible grâce à leur indépendance par rapport aux structures religieuses, ne devrait pas avoir pour but d’interdire aux personnes de porter quelque signe religieux que ce soit, mais de garantir une vie en commun dans le respect de la spiritualité et de la liberté de conscience de chacun. La laïcité peut être un outil de liberté, d’égalité et de solidarité à condition que le principe de neutralité religieuse vienne protéger la liberté de conscience et de pensée et garantir que toutes et tous puissent jouir des mêmes droits et des mêmes libertés.

L’exclusion des signes évocateurs des croyances est la porte ouverte à l’exclusion des êtres eux-mêmes qui se trouvent ainsi écartés de la vie active et de certains espaces sociaux et, dès lors, ultimement confinés aux sphères domestique et communautaire. Les femmes, qui sont déjà plus souvent qu’autrement défavorisées par les rapports de pouvoir et de production dans lesquelles elles s’insèrent, seront d’ailleurs les principales victimes de ces mesures législatives.

Cette drôle de laïcité, qui institue des phénomènes de discrimination et de relégation à la marge, est une négation en acte de la liberté de conscience des individus — croyants, incroyants ou autrement croyants — et de leur liberté d’exercer la religion ou la conviction qui leur est dictée par leur conscience. Elle nous semble contraire aux idéaux de justice, d’égalité et d’émancipation.

Nous refusons ce climat d’insécurité qu’on s’efforce de créer pour justifier une telle charte. Les discours de justification de cette charte renforcent ce qui la nourrit : la baisse générale du « seuil de tolérance » à l’endroit de personnes qu’on assimile à des altérités menaçantes, envahissantes et indésirables, porteuses de cultures et de religions « arriérées » et « inconciliables » ; la banalisation de l’intolérance et de la stigmatisation fondée sur les stéréotypes ; la consolidation des traitements inégalitaires que subissent déjà et subiront encore davantage les individus et les groupes exclus et stigmatisés du fait d’une différence dont ils ne pourraient ou ne voudraient se départir.

Cette réactivation programmée des passions tristes et mesquines n’est pas à la hauteur des valeurs largement partagées ici comme ailleurs et sans lesquelles la vie sociale serait intolérable : la capacité à donner, à rendre, à respecter et à reconnaître une égale dignité à toutes et tous.

Nous souhaitons que la voix de la méfiance qui formule cette charte soit couverte par celle, plus tendre, avec laquelle Pauline Julien chantait jadis ce rêve de « chaleur », d’« amitié », de « pain à partager » avec « l’arabe, le noir, l’homme d’ailleurs, l’homme de partout ».

Premiers signataires
- Martin Jalbert, professeur, cégep Marie-Victorin ;
- Benoit Renaud, enseignant ;
- Isabelle Baez, écrivaine et chargée de cours ;
- Frédérique Bernier, professeure, cégep de Saint-Laurent ;
- Nesrine Bessaïh, anthopologue ;
- Diane Gendron, professeure, collège de Maisonneuve ;
- Philippe de Grosbois, professeur, collège Ahuntsic ;
- Benoit Guilmain, professeur, Collège Édouard-Montpetit ;
- Diane Lamoureux, professeure, Université Laval ;
- Anne-Marie Le Saux, professeure, Collège de Maisonneuve ;
- Joan Sénéchal, professeur, collège Ahuntsic ;
- Michel Seymour, professeur, Université de Montréal ;
- Benoit Tellier, professeur, cégep de Saint-Jérôme ;
- Stéphane Thellen, professeur, cégep du Vieux-Montréal ;
- Stéphanie Tremblay, doctorante, Université de Montréal ;
- Anne-Marie Voisard, professeure, cégep de Saint-Laurent.

91 autres personnes cosignent également ce texte
1. Omar Aktouf, professeur, HEC Montréal
2. Denise Ally, professeure, cégep du Vieux Montréal
3. Marcos Ancelovici, professeur, UQAM
4. Mathieu Arsenault, écrivain
5. Sibel Ataogul, avocate et chargée de cours, Université de Montréal
6. Aline Baillargeon, professeure, cégep du Vieux Montréal
7. Sylvie Béland, professeure, Collège de Valleyfield
8. Anne Bérubé, professeure, cégep du Vieux Montréal
9. Christian Brouillard, enseignant
10. Isabelle Bouchard, professeure, cégep de Jonquière
11. Philippe Boudreau, doctorant, Université d’Ottawa
12. Antoine Casgrain, doctorant, Université catholique du Chili
13. Linda Champagne, professeure, Collège de Maisonneuve
14. Guy Cheyney, libraire
15. Mario Cholette, professeur, cégep du Vieux Montréal
16. Anne-Marie Claret, professeur, cégep du Vieux Montréal
17. Isabelle Côté, professeure, cégep de Saint-Jérôme
18. Jean-Pierre Couture, professeur, Université d’Ottawa
19. Marc-André Cyr, blogueur, Voir.ca
20. Mary Ellen Davis, documentariste et enseignante
21. François Doyon, professeur, cégep de Saint-Jérôme
22. Maggie Dubé Roussel, auteure et professeure, cégep Édouard-Montpetit
23. Bruno Dubuc, rédacteur scientifique
24. Jonathan Durand Folco, doctorant, Université Laval
25. Guillaume Durou, doctorant, UQAM
26. Thomas Dussert, professeur, Collège Ahuntsic
27. Darren Ell, professeur, Centre Pauline-Julien
28. Mathieu Forcier, candidat à la maîtrise, UQAM
29. Michaël Fortin, documentariste indépendant
30. Sonia Gauthier, professeure, Université de Montréal
31. Bernard Gauvin, professeur retraité
32. François Giguère, organisateur communautaire
33. Benjamin Gingras, secrétaire aux finances et co-porte-parole de l’ASSÉ
34. Martin Godon, professeur, cégep du Vieux-Montréal
35. Mélissa Grégoire, professeure, cégep de l’Assomption
36. Ethel Groffier, chercheure émérite, Université McGill
37. Martin Guralnik, bachelier en génie
38. Younes Haloui, artiste
39. Mouloud Idir, Secteur Vivre ensemble / Centre justice et foi
40. Dimitrios Karmis, professeur, Université d’Ottawa, résidant au Québec
41. Maude Laberge, chargée de projet en environnement
42. Michel Lacroix, professeur, UQAM
43. Laurence Lagouarde, organisatrice communautaire
44. Michel Lambert, citoyen
45. Audrey Lamy, professeure, cégep du Vieux-Montréal
46. Simon Lanctôt, cégep du Vieux Montréal
47. Annie Lapalme, intervenante communautaire et alliée des luttes immigrantes
48. René Lapierre, professeur, UQAM
49. Émilie Larouche, enseignante
50. Isabelle Larrivée, professeure, Collège de Rosemont
51. Audrey Laurin-Lamothe, doctorante, UQAM
52. Etienne Legault, enseignant en francisation, cégep de Saint-Laurent
53. Charles Lemieux, enseignant, cégep Marie-Victorin
54. Georges Leroux, professeur émérite, UQAM
55. Dominique Leydet, professeure, UQAM
56. Abby Lippman, professeure émérite, Université McGill
57. Ianik Marcil, économiste indépendant
58. Julie Marcoux, travailleuse sociale
59. Mathieu Marion, professeur, UQAM
60. Marie-Ève Mathieu, professeure, École nationale d’aérotechnique
61. Ludvic Moqui-Beaudry, professeur, cégep de St-Jérôme
62. Jean-François Marçal, professeur, Collège de Maisonneuve
63. Michel Milot, professeur, collège Lionel-Groulx
64. Christian Nadeau, professeur, Université de Montréal
65. Norman Nawrocki, écrivain et professeur
66. Pierre Nepveu, écrivain et professeur émérite, Université de Montréal
67. Chrystian Ouellet, professeur, cégep de Valleyfield
68. Marilyn Ouellet, intervenante communautaire dans un organisme féministe
69. Roxana Paniagua Humeres, professeure, Collège de Valleyfield
70. Blandine Parchemal, doctorante, Université de Montréal
71. Dario Perinetti, professeur, UQAM
72. Magaly Pirotte, travailleuse, féministe et solidaire
73. Daphnée Poirier, professeure, cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu
74.Véronica Ponce, professeure, Collège Marianopolis
75. Will Prosper, militant de Montréal-Nord Républik et documentariste
76. A. Hadi Qaderi, enseignant, Collège de Maisonneuve et doctorant, UQAM
77. Claude Rioux, éducateur et éditeur
78. Fannie Rochefort, étudiante
79. Vincent Romani, professeur, UQAM
80. Jean-Pierre Roy Valdebenito, infirmier, Hôpital Saint-François d’Assise
81. Olivier Roy, professeur, cégep régional de Lanaudière
82. Pierre-Paul Saint-Onge, agent de recherche, UQAM
83. Anaïs Salamon, bibliothécaire, Université McGill
84. Rachel Sarrasin, professeure ou doctorante, Université de Montréal
85. Gérard Séguin, entrepreneur à la retraite
86. Jessica Squires, historienne
87. Samuel Saint-Denis Lisée, organisateur communautaire
88. André Thibault, professeur, Université d’Ottawa
89. Sophie Vallée-Desbiens, enseignante, cégep du Vieux-Montréal
90. Julien Villeneuve, professeur, Collège de Maisonneuve
91. Yvan Zanetti, citoyen engagé

mardi 3 septembre 2013

Le dépays



(René Lapierre) - Les gouvernements que nous avons, quels qu’ils soient, s’emploient à nous dépayser — il faut l’entendre littéralement : s’emploient à refuser aux hommes et aux femmes toute terre, toute culture, toute identité qui ne soient pas d’abord et avant tout bonnes pour les affaires, requises par elles et d’emblée rendues à l’argent.

«Bonnes pour les affaires», dans le contexte d’une telle soumission, renvoie directement à une conception du marché et à des formes d’exploitation du travail et du sol qui ont intérêt, justement, à ce que la notion de pays n’apparaisse pas. Qu’elle ne se précise pas, ne s’oppose surtout pas aux visées de ceux et de celles qui n’y voient qu’une matière première, un ensemble de ressources dites naturelles dont l’exploitation laissera derrière elle un gâchis aussi peu naturel que possible, un gâchis aussi immense sur le plan social que sans conséquence sur le plan politique. 

Une horrible nouveauté 
Le principe de la chose est impérial. L’absolue valeur de principe d’une telle exploitation, les 200 dernières années de capitalisme l’ont montré, est en fait si indiscutable que ses effets sociaux et environnementaux ne sont pour le dépayseur porteurs d’aucune valeur réelle, et que le pillage du commun peut s’exercer impunément en fonction d’un éternel droit d’exception. L’horrible nouveauté, par rapport à cette règle séculaire, est qu’avec le repli complet du politique devant le marché mondialisé, le plus petit prétexte d’affaire, avancé par la plus petite entité corporative, suffit désormais à justifier le plus extrême dépaysement. 

Que ce soit pour le gaz de schiste, l’extraction ou le transport du pétrole, les mines, les privatisations dans le domaine de la médecine ou de l’éducation, les négations des droits de grève et de manifestation, les expropriations violentes, les pollutions irréparables de la terre, de l’air et de l’eau, on assiste toujours à la suppression de l’information et au musèlement des institutions civiles, à la généralisation du secret et de la magouille, jusqu’à l’effacement du concept même de gouvernement au profit du concept de parti au pouvoir, avec démantèlement subséquent du parlementarisme au profit de stratégies d’obstruction ou de lois spéciales qui empêcheront efficacement en bout de ligne les lois démocratiques de s’exercer. 

L’administration de la violence 
Au besoin, l’état dépaysant fera appel à la police pour tirer sur des manifestants, et la félicitera de son bon travail le lendemain. Les médias feront le reste et blâmeront docilement les étudiants, les syndiqués ou les environnementalistes, tous tour à tour exclus du dépays voulu par un gouvernement pourtant élu, et offert par lui aux intérêts de ceux qui l’exploitent, le démantèlent et le polluent. 

La complaisance ici se fait de plus en plus totale, sans autres limites que celle de la ressource visée par l’exploiteur, ou celle des fonds publics gracieusement mis à sa disposition. Son service clé en main une fois rendu, tel ou telle ministre pourra soit entrer à l’emploi du dépayseur, soit lui servir de lobbyiste auprès des fonctionnaires qui ne s’en formaliseront pas — ou qui ne verront pas la différence, on est en droit de se l’imaginer. On peut aussi pousser la chose un peu plus loin, et voir le lobbyiste boucler la boucle, revenir en politique pour mieux gérer le dépays : mieux organiser notre dépaysement dans l’intérêt du plus offrant, du plus absent. Que son parti se présente comme fédéraliste ou souverainiste ne fait plus alors aucune différence : il y a dans tous les cas de la richesse à prendre et une société à flouer1. 

Pas de conséquence, vraiment ? 
D’heure en heure on a le sentiment que l’incurie, l’exploitation et la dévastation s’aggravent. Jour après jour l’inhumanité des corporations et des gouvernements — conservateurs à tous crins, libéraux de façade, péquistes étriqués — étonne malgré l’habitude que nous en avons : inhumanité non seulement du pouvoir mais de telle ou telle personne qui le détient, et se révèle dans son mensonge, sa complaisance ou son avidité. Faut-il donner des noms ? Les manchettes du jour, de n’importe quel jour, font ça très bien. Regardez les politiciens parler d’argent, aimer l’argent, promettre l’argent. Regardez-les ensuite brader la richesse, confisquer la richesse, détruire le commun au profit du plus riche, frapper le plus faible, et protéger ensuite cette indécence à coups de sophismes et de niaiseries. 

Quand les gens qui font cela prétendent en plus parler d’indépendance ça donne froid dans le dos, et laisse à penser de façon claire que la seule indépendance visée consisterait à pouvoir exproprier et brader, museler, battre et incarcérer sans avoir de comptes à rendre à personne. 

Une tristesse de plus en plus profonde, et un désespoir de plus en plus répandu accompagnent chacune des démissions et chacune des trahisons du politique. Le dépays, on le voit bien, est déjà là : maltraité, incrédule, stupéfié. Les dépayseurs s’y activent, et les choses qui comptent pour eux n’ont pas de nom, pas de sexe, pas de pensée, pas d’école, pas d’enfants. Je suis devenu incapable de croire, bien sincèrement, que l’approbation gouvernementale quotidienne de ce gâchis puisse relever de l’idée de nation, ni qu’elle puisse passer auprès de quiconque désormais pour un projet de société — à plus forte raison de pays. 

*   *   *

1 Entre 2002-2003 et 2012-2013, le nombre de lobbyistes actifs inscrits au registre du Québec est passé de 298 à 3 654, soit une augmentation de 1 226 %. (Commissariat au lobbyisme du Québec, Infolettre du printemps 2013, consultable à l’adresse suivante : http://www.commissairelobby.qc.ca/infolettre/28/193