jeudi 11 avril 2013

Ça sent le pipi



Quand ils ne sont pas dans des CHSLD, dans des chambres d'hôpitaux surpeuplées en attendant une place dans un CHSLD, nos parents, nos grands-parents devenus malades, incapables, après avoir travaillé toute leur vie, sont en train de pourrir dans leur pipi, de moisir dans leur caca, parqués sous clé qu'ils sont dans les étages de «soins aux personnes non autonomes» des résidences à plus de quatre mille piastres par mois ou dans des chambres tout aussi gourmandes de maisons non déclarées.

Des employés sous-payés qui passent plus vite que les portes ne s'ouvrent et se referment n'ont aucune idée des soins qu'ils sont censés dispenser aux résidents qui ne sont plus en état de dépenser en biens et services de toutes sortes.

Quand le pauvre hère à qui il ne reste plus que sa pudeur se tient devant eux en puant de toute sa couche déclare qu'il s'est déjà lavé ils ne vont surtout pas le contrarier ni se colleter avec lui pour le changer. Ils vont tourner les talons et le laisser se désagréger sur place.

S'il refuse d'autres vêtements parce qu'il ne sait plus attacher ou détacher ses boutons, personne ne saura patiemment le distraire et l'amener à défaire la moindre tâche en petites étapes? Vont-ils se donner le trouble ou faire provision de patience pour 14$ de l'heure?

Il ne faut plus que nos vieux dérangent, mais il ne faut pas non plus qu'ils cessent de rapporter. Tant que les piastres vont continuer de bruisser dans les poches des gestionnaires, des administrateurs, des cadres, pourquoi cesseraient-ils de s'enfermer dans leurs bureaux tandis que leurs employés vont travailler avec du Vicks dans le nez?

Le bon docteur Hébert parlait cette semaine de mourir humainement à la maison. Est-ce qu'on ne pourrait pas mourir dignement où que l'on soit, bon docteur Hébert?

Quand on ne peut pas rapporter directement au gouvernement, on devient un tapis sur lequel le gouvernement ne cesse de s'essuyer les pieds.









dimanche 24 mars 2013

J'aime pas matante Pauline



J'aime pas matante Pauline.

Je l'appelle matante Pauline parce qu'elle me fait penser à ces femmes trop parfumées, qui n'écoutent pas, mais qui font semblant de le faire, qui parlent trop fort, qui rient trop fort, qui essaient toujours d'embrasser les enfants sans les aimer, pour bien paraître. Les enfants ne s'y laissent pas prendre, qui gigotent dans tous les sens pour leur échapper.

J'aime pas matante Pauline, vous disais-je. Mais j'étais prête à lui laisser une chance.

Ce que matante Pauline fait depuis septembre, je ne le pardonne pas. Ses prédécesseurs, que ce soit le curé, le latiniste ou le frisé, nous ont enfirouapés, soit. Jusqu'à un certain point c'était de bonne guerre. Matante Pauline, qui n'était pas mon choix, a dit je vais vous désenfirouaper, faites-moi confiance.

Elle est allée chercher le héros de l'environnement et l'a fait tomber de son piédestal. Il était pas sitôt tombé qu'elle a oublié le développement durable pour se lancer comme le frisé dans le développement du Nord au lieu de faire du Québec le chef de file du développement vert; elle s'est acoquinée avec tous les acoquineurs de l'Ouest et de l'Est. On sait déjà ce qui s'en vient.

Comme ses prédécesseurs, elle prend systématiquement le parti des forts contre les faibles, celui des entreprises contre la population.

J'aime pas matante Pauline, je le répète. En faisant semblant d'apprendre à jouer de la casserole, elle a promis l'écoute à nos jeunes, mais elle leur a plutôt concocté un Sommet de l'Éducation tout arrangé à l'avance avec les journaux et avec son décrocheur modèle; elle leur a servi une augmentation de 3% par année avec une augmentation des frais afférents équivalente; elle a conclu des ententes dont on ne dit rien avec les recteurs qui pourront continuer de faire ce qui leur tente.

Là-dessus elle a déclaré que la crise sociale était terminée. Clap! Clap! Clap!

Pour le prouver, dès que vingt personnes s'amènent au parc Émilie-Gamelin, elles sont aussitôt encerclées et reçoivent une amende de 637$ - en plus de se faire tapocher ferme.

Pour que le message passe on pousse en avant le plus ignare des nouvelles chemises noires qui déclare que le droit ne manifester n'apparaît pas en toutes lettres dans la Charte, ce que vient aussitôt corroborer l'attachée de presse du ministre de la Sécurité.

Comme si ça ne suffisait pas, matante Pauline sait désormais que son cas est réglé : les jeunes ont de bonnes chances de voter soit pour Option nationale soit pour Québec solidaire, autant les décourager de la chose politique le plus longtemps possible.

Alors matante Pauline a eu une idée géniale : on va couper les plus pauvres des plus pauvres et leurs enfants! C'est pas génial, ça?

Ça se fait en deux temps.

D'abord on va enlever 129$ par mois à ceux des assistés sociaux qui ne peuvent plus trouver de boulot parce qu'ils sont trop âgés. Ceux-là, découragés de la vie, n'iront sûrement pas voter pour les vieux partis.

Ensuite, on va aussi enlever 129$ à ceux des couples assistés sociaux qui ont des enfants de moins de cinq ans.

Mais comme ça ne suffit pas, les petits, on va les envoyer à l'école.

Et puis, ben comme ça coûte cher, envoyer les enfants des plus pauvres d'entre les plus pauvres à l'école, ben on va couper les subventions pour les enfants de quatre ans qui vont dans les garderies privées parce que leurs parents n'ont pas trouvé de place dans les garderies publiques!

Ainsi matante Pauline est-elle certaine de perpétuer le cycle de la pauvreté et de la misère, d'empêcher toute opposition à son pouvoir.

J'aime pas matante Pauline, vous disais-je. Mais j'étais prête à lui laisser une chance. La chance est passée. Trop tard.



dimanche 20 janvier 2013

Bonne route, beau-papa!

Il l'avait dénichée dans une grange, enfouie dans la paille et la bouse de vache, les sièges remplis de nids de guêpes. Ç'avait été le coup de foudre : imaginez, une Ford modèle T 1923. Elle lui avait rappelé une virée qu'il avait faite à New York avec ses copains à la fin des années 1940 dans une Ford comme celle-là, justement.

Pendant des années, patiemment, soigneusement, tendrement, il l'avait remontée avec des pièces d'origine ou des pièces authentiques. Elle a gagné bien des prix, sa Ford T.

Dans les occasions officielles de nos vies, nous l'attendions; nous savions qu'elle serait là, enrubannée ou fleurie, avec des airs de fête ou de célébration.


Hier, quand nous sommes arrivés à l'église pour les funérailles de beau-papa, elle était à la porte de l'église, sous une toile qui battait dans le vent et la tempête. Ça commandait le respect, un respect droit qui oblige à lever les yeux. À mesure de notre arrivée, nous cherchions tous à nous protéger du vent, de la neige qui nous grafignait les yeux, mais nous restions figés, tétanisés par elle.



Nous entendions beau-papa dire : s'il fait pas beau, on l'apportera sur une plate-forme. La plate-forme se tenait là, un peu à l'écart.



Quand nous avons été déposer les cendres de beau-papa au cimetière, cette belle dame était arrivée avant nous tous, et encore une fois dans le vent tonitruant, dans cette foutue neige et ce froid pinçant, elle était là. Elle s'était faite éblouissante, débarrassée de sa toile protectrice, solennelle et magnifique, montée sur la plate-forme pour mieux voir, pour accompagner son vieil ami.



dimanche 23 septembre 2012

Un chroniqueur de Radio-Canada dans mon frigo! texte de René Lapierre

Entendu à l'émission de Le Bigot, samedi dernier, une explication de Michel Girard concernant une hausse à venir des tarifs d'Hydro-Québec : l'explication, apparemment fournie par Hydro-Québec elle-même, se fonderait sur les économies d'énergie réalisées par les gens comme vous et moi, qui en profitant des programmes éco-énergétiques offerts par Hydro auraient créé un manque à gagner important pour la société d'État. D'où l'amusement du chroniqueur : les consommateurs ont tellement économisé qu'il faut maintenant augmenter les tarifs de leur consommation.

Sous-titre : voyez, on se tire dans le pied, là. C'est pas la peine d'économiser de l'énergie, de toute façon Hydro-Québec est en surplus, et puis anyway on va payer pareil.




C'est drôle, mais pas longtemps. D'autant plus que ça a un petit air connu. Un exemple : la pollution et les GES augmentent sans cesse, faites votre part et changez donc d'auto. Alors on fait  ça : on change d'auto, on consomme moins, on réduit nos déplacements, tout ça. Qu'arrive-t-il au prix de l'essence, vous pensez? Qu'arrive-t-il surtout au total des émissions polluantes et des GES? L'un et l'autre augmentent en flèche, entre autres parce qu'on a «oublié» de demander aux compagnies ce qu'on a demandé aux citoyens. Pire encore, les économies de GES réalisées par les citoyens permettent aux compagnies de continuer à polluer sans que la moyenne nationale n'augmente de façon trop évidente. Et là, un beau matin, il y a un politicien ou un chroniqueur qui vient nous dire que de toute façon il est trop tard et que ça n'a aucun sens économique de faire attention à tout ça. La déprime.

Hydro-Québec donc, revenons-y : voyez, vous avez si bien économisé qu'à cause de vous on doit vous charger plus cher.


À cause de nous, vraiment?

Deux ou trois choses auraient peut-être dû venir à l'esprit du chroniqueur.

S'il est vrai qu'en tant que société d'État Hydro-Québec doit rendre des comptes à l'État, alors il faudrait peut-être aussi qu'elle lui fournisse un certain nombre d'explications. On pourrait penser comme ça en vrac à ce qu'a coûté dans les faits son fameux programme d'économie d'énergie dont on apprenait récemment, rien qu'au chapitre du retrait des vieux frigos, à quel point les dépassements de coûts avaient été importants; on pourrait aussi penser à quel point l'entente secrète conclue avec Rio Tinto Alcan a pu peser dans le «manque à gagner» qu'Hydro essaie de faire passer sur le dos de sa clientèle résidentielle (les dizaines de millions de dollars payés en pure perte à RTA se sont en plus trouvés à financer le lock-out de la compagnie sur le dos de ses employés gracieuseté des taxes que nous versons au gouvernement du Québec) ; on pourrait aussi penser, tant qu'à y être, aux privilèges exorbitants consentis par Hydro à ses clients industriels et corporatifs auxquels elle accorde des réductions de tarif impressionnantes, financées par qui au bout du compte? on commence à trouver que le résidentiel a bon dos; on pourrait aussi penser, puisqu'on parle d'offre et de demande, à la gestion catastrophique que fait Hydro-Québec de ses propres surplus de production qu'elle n'arrive pas apparemment à offrir aux acheteurs sans créer des conflits politiques et des complications de toutes sortes (les noms de Churchill Falls et de l'état de New York viennent en premier à l'esprit, mais quand on pense aux problèmes politiques de l'exportation énergétique on n'a encore rien dit des paradoxes de la production énergétique supplémentaire, je pense comme ça en passant à La Romaine, n'insistons pas; on pourrait enfin penser (si ce n'était pas une évidence il aurait même fallu commencer par là) que nous nous trouvons dans le contexte d'une hausse importante des températures qui a duré presque tout l'hiver dernier, mais c'est encore là une chose dont vous et moi sommes responsables, sans doute.

Je ne suis pas chroniqueur à la radio, je ne suis pas spécialiste de ces questions, ce sont là des réflexions de citoyen que tout un chacun est en mesure de faire.

Je ne demande tout de même pourquoi on invite à la radio quelqu'un qui, tout en étant en mesure de faire la même chose, choisit de nous expliquer à quel point nous sommes petits et lamentables, à quel point nous sommes dérisoires dans nos efforts pour contribuer à quelque chose d'important. À quel point, au bout du compte, nous sommes idiots devant les manipulations politiques et les mystères de l'économie. On peut toujours le croire. Mais on pourrait aussi se mettre à examiner le rôle des médias dans cette manipulation, sinon cette ignorance, autrement plus coûteuses que les tarifs d'Hydro.

dimanche 9 septembre 2012

Un vent du Sud rugissant

Hier en fin de journée, le ciel est devenu tout noir. Et le vent qui avait fouetté toute la journée s'est mis à rugir. La pluie était si violente qu'il était impossible de voir par-delà les trombes d'eau.

Devant le magasin général, deux arbres, dont un géant, s'étaient effondrés. Très tôt ce matin, une équipe de bénévoles a scié, balayé, nettoyé et emporté. Au moment d'écrire ces lignes, le magasin général a perdu son ombre, mais ne s'est autrement aperçu de rien, dirait-on.



Au château, les mariés, surpris par ce vent qui faisait voler une chaloupe tournoyante dans les airs et terrassait les balançoires, écrasait la pergola, emportait les plats, se sont réfugiés dans l'église avant que la municipalité ne leur ouvre la salle communautaire. Ce mariage sera inoubliable, à n'en pas douter.




Dehors, sur les terrains, les gens s'affairent à examiner les dommages et à remettre en état.



Au parc bordant la rivière devant l'église, le vent a tenté de cacher ses méfaits derrière le buste de Cartier.


Mais c'était peine perdue.



Plusieurs arbres et branches géants affalés sur les toits au village, mais du côté de chez moi, dans la campagne, rien, ou presque. Un peuplier mort allé se coucher sur ses voisins aux bras accueillants.


Aujourd'hui, soleil radieux, journée claire et fraîche, sans humidité.

mercredi 1 août 2012

Le cassis, une année record



Les framboises rouges, les framboises noires, les groseilles, les fraises ont été rares cette année. Nous en avons eu, mais peu. Assez pour faire quelques gelées. Nous avons partagé les gadelles et les merises avec les oiseaux. Les mûres et les cerises de terre annoncent qu'elles aussi se laisseront désirer cette année.

Mais.

Nous n'avons jamais tant vu de cassis. Par le passé, je crois qu'au mieux nous avons récolté deux kilos. Cette année, avec des fruits beaucoup plus petits en raison du manque d'eau, mon mari et mon fils en ont ramassé plus de trois kilos, par une chaleur accablante. (Merci, merci, merci!)



Ce qui m'a permis d'en faire quinze bocaux de 250 ml.

Nous n'avons pas pu résister et nous en avons mangé un 125 ml. Mioummmmm!