dimanche 10 janvier 2010

Notre pain quotidien


Hier nous avons regardé le documentaire autrichien Notre pain quotidien (Unser täglich Brot) du réalisateur Nikilaus Geyrhalte, qui a filmé pendant deux années dans les grandes usines de l'agroalimentaire européen.

Premier objet d'étonnement : ni musique ni paroles. Un documentaire muet. Mais je vous jure : les images hurlent - et pourtant nous étions blindés, nous avons lu des documents, vu des tonnes de documentaires qui, tous, parlaient, expliquaient, dénonçaient. Tous étaient importants et nous avons écouté et lu avec attention.

Mais là, un film qui ne nous dit rien, même pas quoi regarder, ni le nom des entreprises ni leur chiffre d'affaires. La caméra est là, c'est tout. À chacun des endroits, c'est comme si nous étions là, au fond d'une allée, devant le cueilleur de poivrons, à côté de l'opérateur du robot, dans l'habit de l'homme au masque à gaz qui vaporise les plants et leurs fruits que nous mangerons ensuite, dans la cabine d'une batteuse, l'ascenseur qui nous entraîne au fond de la mine de sel.

Nous avons été étonnés de voir à quel point les Européens ont des standards quand on les compare à nous, ici, en Amérique. Le film montre une grande propreté, des normes qu'on sent partout... On dirait aussi, autre objet d'étonnement, que les employés ne sont pas bousculés. Une fois ce choc passé, il en est un autre, et encore un autre, et encore un autre.

Les employés ne sont pas des brutes épaisses : ce sont des gens qui me ressemblent, qui vous ressemblent, probablement gentils. Des gens sans contact avec la mission de la machine infernale qui les embauche. Ils sont là, parfaitement impassibles, quoi qu'ils fassent. Et cette impassibilité dérange profondément. En échange d'argent, sommes-nous donc prêts à faire taire notre âme? Il faut bien vivre, non? Il faut bien investir pour préparer notre retraite, non?

Je voyais les immenses champs de tournesol arrosés, douchés aux pesticides et je me disais sourire en coin que nous avions eu un étonnement dédaigneux en mangeant des graines de tournesol bio lorsque nous avions trouvé des petits vers la première fois... Bénis soient les petits vers! Je ne pourrai plus jamais les voir de la même manière, juré!

Au fur et à mesure que le film progresse, un malaise insidieux va s'accentuant : l'indifférence, l'impassibilité, le mépris dévastateur pour toute forme de vivant, plantes, animaux, humains. On est ébranlés comme les oliviers par la machine à secouer les arbres.

On sent la nausée s'installer, qui va venir agiter le sommeil, troubler durement et durablement la conscience. Peut-être suffisamment pour que les choses commencent à changer.

Pas besoin de prendre ma parole, pas besoin des mots : regardez.

Et gardez précieusement.

PS : Si vous cherchez sur Internet, je suis persuadée que vous trouverez une version streaming en ligne, peut-être sur Daily Motion, peut-être sur YouTube.

Source de l'image : http://www.ourdailybread.at/jart/projects/utb/website.jart?rel=en




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