lundi 4 janvier 2010

Signaux


L'hiver est arrivé pour de bon : j'ai emprunté le pont de glace pour la première fois aujourd'hui!

Il y a quinze jours, quand j'ai vu que le traversier sortir de la rivière, j'ai pensé avec un pincement au coeur que l'hiver s'avançait.

Plein de signaux m'y préparent, mais c'est comme si je craignais toujours un enfermement désespérément blanc.

Il y a d'abord le si discret départ des hirondelles. Un matin on se lève et on n'entend plus leurs glouglous. Les cabanes sont vidées depuis déjà quelques semaines. Les sons du matin se transforment, s'éloignent jusqu'à devenir épars.

Le premier vrai signal que l'été tire à sa fin, pour moi, c'est le rassemblement tapageur des étourneaux. Jour après jour, ils jacassent et sifflent à tue-tête. Quand ils se taisent enfin, le froid est là. Et aussi les cris des geais bleus qui redeviennent perçants, comme ils l'étaient au printemps. Les grillons qui chantent de plus en plus fort dès que le serin du soir est tombé. Les mésanges qui recommencent leurs espiègleries.

Le signal que les jours froids arrivent à grands pas c'est véritablement le matin où le bac est tiré hors de l'eau pour être laissé immobile, de travers sur la rive.

Mais le vrai signal de l'hiver, c'est quand le pont de glace ouvre. Il me semble que j'entends le vent froid hurler juste à penser au pont de glace. Mais il y a une autre nouvelle : quand le pont de glace ouvre, les jours commencent à allonger. Je vous jure, un tout petit peu chaque jour.

Cet hiver il ouvre plus tôt que de coutume. Il y a deux ans il n'a même pas ouvert, sinon quelques jours à peine, et encore pour laisser passer des piétons.

Donc j'ai pris le pont de glace malgré que je sois mal moins faraude depuis quelques années. Mais c'est plus fort que moi je ne peux pas résister. Parce que je sais qu'à un certain moment, quand je me trouverai au milieu de la rivière, avec toute cette eau glacée sous la surface gelée, je verrai tout à coup l'horizon s'ouvrir tout grand à l'Est comme à l'Ouest, dans cet immense espace pas de maisons. Et là, j'absorberai goulûment cet infini, ce qui reste encore d'intouché.

Bonne année 2010 tout le monde!

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