samedi 27 mars 2010

À la suite de Claude L : les livres qui m'ont marquée

ClaudeL a toujours des sujets intéressants. Celui-là m'a donné envie de me laisser prendre au jeu. Les romans qui m'ont marquée. Romans.  Je n'en lis pas souvent et j'ai fréquemment l'impression de ne rien lire d'autre que des essais. Et pourtant, en allant faire un tour dans ma bibliothèque j'ai trouvé des choses... Que je vous raconte un peu l'histoire de ces livres dans ma vie. Pas l'histoire des livres : je ne veux pas gâcher votre plaisir, si jamais vous décidiez de vous y mettre.



Christine Lavransdatter de Sigrid Undset. Il appartenait à l'homme de ma vie. Et il m'a dit longtemps, je pense que tu aimerais. Mais le livre était si épais avec sa grosse reliure caisse, son texte sur deux colonnes, ses petits caractères, que je ne me décidais pas. Le jour où j'ai commencé Christine Lavransdatter, je n'ai pas pu m'arrêter. Et même quand je l'ai refermé, je l'ai gardé sur mon cœur, les yeux fermés, pour prolonger le plaisir de la lecture. L'histoire d'une vie au Moyen Âge. Et c'est écrit.


Un autre livre écrit. Le banni de Selma Lagerlöf. Une histoire extraordinaire de rédemption qui me donne de l'espoir en l'humanité. Je lis par séries – tout Undset, tout Lagerlöf, tout Nabokov, tout... – et j'ai lu Lagerlöf après Undset. Je suis restée sous le charme, dépaysée, et pourtant encore une fois si proche par le cœur.

Parlant dépaysement, il y a Made in my little home qui lit des livres dépaysants, des livres qui donnent envie de partir en voyage dans sa tête.


Quand j'étais enfant, Pieds nus dans l'aube faisait partie de nos lectures. Avec ce livre nous apprenions la grammaire et l'orthographe. C'était en quatrième, je crois. Je me souviens que j'avais lu tous les chapitres à la file pour ne pas perdre l'histoire – j'étais incapable d'attendre les leçons pour les voir au fur et à mesure que l'année scolaire défilerait. J'aime que les gens soient bons. J'aime que les gens soient solidaires. Qu'ils s'entraident. Et il y avait tout ça dans Pieds nus dans l'aube, malgré la misère, malgré les temps si durs. Je l'ai relu plusieurs fois.


Fall On Your Knees d'Anne-Marie Macdonald. Encore un livre coup de poing. Mon amie Suzanne l'avait reçu en cadeau de sa fille pour Noël l'année de sa parution. Après l'avoir lu, elle me l'a prêté. Je n'avais même pas envie de le lui rendre tellement je l'aimais avec ses personnages forts, avec ses images qui rentrent dans l'âme et s'installent pour ne plus s'en aller. Déjà, rien qu'avec le titre, j'avais eu envie de le lire.


Le monde selon Garp de John Irving. Je l'avais acheté parce que la couverture chez Points m'avait intriguée. Et je l'ai lu plusieurs fois. Je l'ai prêté plusieurs fois et j'ai dû le racheter plusieurs fois parce qu'il ne revenait jamais. Fallait-il que j'y tienne! L'autre jour je le cherchais et je ne l'ai pas trouvé; j'imagine que j'ai dû encore le prêter. Quand le roman suivant de Irving est sorti, Hôtel New Hampshire, quelqu'un m'a offert un autographe de l'auteur : j'étais aux anges – merci Françoise, si vous passez par ici.


Encore un roman suggéré par l'homme de ma vie. Après Ennemies, j'ai lu tout Singer – et j'ai un parti pris pour ses nouvelles. C'était, je m'en souviens, une histoire compliquée. Mais l'amour simple auquel nous aspirons ne vient que plus tard. En attendant, pendant longtemps, il est compliqué. Souvent menteur, tordu, qui parle fort du désir d'être vivant.


Celui-là, La femme du dimanche de Carlo Fruttero et Franco Lucentini, c'est encore l'homme de ma vie qui l'avait rapporté à la maison. Un collègue lui avait parlé de ce roman policier. J'allais vous dire qu'il était en deux tomes et que je me souvenais du plaisir de lire à deux. Lui déjà dans le deuxième tome, moi dans le premier. Mais je me trompe : c'était pas La femme du dimanche, tout échevelé, tarabiscoté, qui est venu en deuxième, après la lecture à deux des deux tomes de La nuit du grand boss des mêmes auteurs. J'aime bien le dépaysement, le foisonnement, l'humour, l'étrangeté.


Pour ClaudeL : j'ai hésité entre Les chambres de bois et Kamouraska. J'ai lu Anne Hébert bien des fois, tout. Kamouraska me reste en mémoire toujours à cause de l'interprétation de Geneviève Bujold dans l'adaptation cinématographique. Pour moi qui suis passionnée d'histoire, ce roman avait tout pour plaire. Le galop dans le grand froid, la neige, les chuchotements...

Je n'ai pas tout aimé de Joyce Carol Oates, mais il y en a deux que j'ai particulièrement goûté : Bellefleur et Eux. J'ai hésité. J'avais d'abord lu Bellefleur et le nombre de pages ne m'avait pas rebuté; j'ai eu envie d'en lire davantage et j'ai poursuivi avec Eux. Et de ce tableau gigantesque qui se passe à Detroit et s'étire de 1937 à 1967, il était infiniment difficile de se séparer.


The Book of Ruth, c'est à moi. Je l'ai acheté chez un revendeur de livres usagés en français - il était tout seul en anglais sur une étagère, oublié on aurait dit. Évidemment, je l'ai acheté à cause du titre – je ne crois pas que j'avais même l'intention de le lire.  Mais je ne pouvais pas continuer mon chemin parce que ce n'était pas la sempiternelle histoire de belle-mère. J'ai mis beaucoup de temps à me décider à le lire. Parce que les romans sont devenus bien rares dans ma vie. Il était là, patient, sur ma table de nuit. Un soir, sans lecture et sans conviction non plus, je l'ai pris et j'ai commencé à le lire. Avec ses personnages si beaux qu'on ne peut que se les attacher. Et puis, à la fin, rien ne va plus, tout est sens dessus dessous. Rien des perceptions n'est plus vrai et il faut tout déconstruire puis reconstruire. Je l'ai prêté à une amie qui l'a aimé et prêté à une amie dont l'automobile a été cambriolée et qui a eu la gentillesse de le remplacer pour moi. Si bien qu'il est toujours ici, avec les livres que j'aime.

Mon club d'auteures de romans policiers. Malheureusement, j'ai choisi un jour de ne plus lire de romans à prétextes violents. Et j'ai laissé tomber celles que je suivais rigoureusement depuis des lunes. Je vous les présente, pour le cas où vous n'auriez pas fait le même vœu que moi de bannir de ma maison toute violence expressément fabriquée pour de l'argent.


Je les mets ensemble, ces deux-là, parce que je les ai connues en même temps. J'avais lu un article à leur sujet dans le Time, l'une qui écrivait des romans policiers en suivant l'ordre alphabétique et qui ne comptait pas se rendre plus loin que Z, et l'autre, plus ambitieuse, qui y allait par chiffres. J'aimais beaucoup Kinsey Millhone, détective privée qui habitait l'ancien garage devenu appartement d'un vieux boulanger octogénaire. J'aimais bien le personnage et ses réflexions, son sens de l'humour. Elle en est à la lettre U – j'ai cessé de lire les aventures de Kinsey Millhone à la lettre S. Et l'autre, celle qu'il ne faut surtout pas lire la nuit quand la maisonnée dort, c'est Janet Evanovich, avec son personnage de Stephanie Plum, chasseur de primes sans grand talent qui pourchasse les criminels plus ou moins endurcis pour qui une caution a été versée et qui ne se sont pas présentés en cour. Avec tous les personnages farfelus qui peuplent ses romans, Janet Evanovich réussit sans mal à vous faire pleurer de rire. Les épisodes de taser, par exemple, m'ont beaucoup fait rire, jusqu'à ce qu'ils apparaissent dans la vraie vie. À ce moment-là, ils sont devenus beaucoup moins drôles et j'ai cessé de lire. J'en était au chiffre 12.



J'aimais bien Gail Bowen. Parce qu'on ne compte pas beaucoup de romancières canadiennes qui font dans le policier. J'ai gardé ses livres, contrairement aux deux précédentes, ce qui signifie peut-être que leur petit quelque chose de spécial ne m'a pas quittée. Ses histoires racontent les aventures de Joanne Kilbourn, un professeur dans une université de l'Ouest canadien, comme madame Bowen qui enseigne ou enseignait à l'université de Saskatchewan et à l'université des Premières Nations. J'ai quitté à regret ses meurtres et ses enquêtes, parce qu'elle ajoutait une dimension humaine intéressante à son héroïne : des enfants devenus grands ou grandissant, une petite fille adoptée, des chiens.


Je termine avec la Norvégienne Karin Fossum. J'aime ses enquêtes; j'aime ses personnages, son inspecteur Sejer, mais je trouve horribles les meurtres qui donnent lieu aux enquêtes. Je la trouve audacieuse de s'en prendre aux préjugés et aux images toutes faites que nous entretenons pour en faire les objets de réflexion de son inspecteur.

Bien voilà, ClaudeL. Cet exercice aura été pour toi, mais il est devenu révélateur pour moi. Merci à toi!

6 commentaires:

  1. Tu as été plus patiente que moi: un livre, une image.

    Je n'oublierai pas que tu m'as fait connaître Selma Lagerlof, très différent en effet.

    Félix Leclerc en 4e année? À quelle école allais-tu? Je ne me souviens pas avoir lu de livre à l'école avant Belles-lettres. En classe, nous avions des extraits de livres, des textes d'une page ou deux, mais pas de livres.

    J'ai tout lu aussi Anne Hébert, mais je ne peux pas dire qu'elle m'a marquée. J'ai aimé Les chambres de bois, même si c'était une lecture obligatoire.... justement en Belles-lettres. De décortiquer un livre me l'a plutôt fait prendre en grippe, ça enlevait tout le charme de lui faire une telle autopsie dans ses moindres entrailles.

    Comme je n'ai pas ta facilité pour l'anglais, j'ai cherché la traduction de Fall on your knees d'Ann-Marie Macdonald, pas trouvé. Tu m'as tenté, là.

    Quant aux polars-policier-thriller, ils ne m'intéressent pas beaucoup. J'ai aimé la série Millenium, mais je ne pourrais les mettre dans les marquants. Il faut m'émouvoir, me remuer, me faire réfléchir et non pas seulement me distraire.

    Merci donc pour cet exercice révélateur.

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  2. Fall on your knees en français est devenu Un parfum de cèdre (on est loin de l'anglais, comme tu vois).
    Pardonne-moi du retard à approuver ton commentaire - je prends parfois du retard maintenant parce qu'il y a un petit comique qui m'a bombardée de publicités pour les Nike sur quatre ou cinq espaces commentaires.
    Je suis allée à la même école primaire que toi, mais comme j'étais deux ans après toi il est possible que nous n'ayons pas eu le même livre. Le livre de lectures dont tu parles, je l'ai eu aussi et je l'aimais bien, mais c'était notre livre de grammaire qui présentait en quatrième et en cinquième années les textes de Pieds nus dans l'aube. Il me semble bien. J'ai d'ailleurs trouvé le livre dans une vente de débarras, mais je ne le trouve pas sinon je le scannerais pour toi.

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  3. Pour Pieds nus dans l'aube j'ai dû le donner à la Société historique en même temps que les deux méthode Forest Ouimet pour apprendre à lire en première année du temps de notre enfance. Autrement, je ne vois pas.

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  4. Ben voilà : je l'ai trouvé chez les frères Maristes. Ce qui suit est ce qui apparaît sur leur site :
    Frères maristes. Langue française: 4e-5e années: "Pieds nus dans l'aube" - adaptation inédite de Félix Leclerc à l'usage des écoliers. Coll. "Cours de langue française - enseignement élémentaire et secondaire". Saint-Vincent-de-Paul, Editions des frères maristes, c1956. 314 p.

    Approbation: 1955 (CCCIP, 11.05.55, p. 109).

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  5. Eh! bien. Peut-être finalement qu'on a eu ce livre entre les mains et pas seulement des extraits comme dans mon souvenir. Mais n'oublie pas que je n'ai pas fait ma 4e à la même école que toi. Seulement ma 6e, hihihi!

    Parfum de cèdre, bien sûr, alors oui, je l'ai lu. Le vol du corbeau aussi. Le nom de l'auteur me disait quelque chose aussi.

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  6. Waow ! Ca en fait des livres que je ne connais pas et qui me tenterais bien !
    J'aime bien John Irving, mon préféré c'est un de ces permiers (je pense) "un mariage poids moyen", préféré peut-être car c'est le premier Irving que j'ai lu !
    Sinon je ne connais aucun livre dont tu parles ! Même si je suis passée sur la tombe de Félix Leclerq en visitant le Québec !
    Bientôt tu pourras lire un bon livre en dégustant du bon chocolat !!!

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