samedi 2 avril 2011
Matante Pauline, l'environnement, les syndicats et l'éducation
Hier j'écoutais la radio. Il m'arrive rarement d'écouter la radio. Je ne le fais que lorsque je conduis - et encore pas toujours. Comme je conduis rarement, j'écoute rarement la radio. Et je vais vous dire : c'est tant mieux!
Pauline Marois et Normand Lester étaient invités chez Christiane Charette. Tiens, tiens, j'allais bien voir ce que Pauline Marois avait de nouveau à dire. On l'entend si peu depuis le gaz de schiste, sujet qui vous le savez me tient particulièrement à cœur. Je me demandais si elle avait acquis une vision ou si elle fait toujours de la myopie sévère pour ce qui est de l'horizon québécois.
Sa myopie semble s'être aggravée. Elle croit à Old Harry. Elle croit aussi encore au gaz de schiste même si les trois mots fatidiques n'ont pas été lâchés dans la bulle de Christiane Charette. Toujours - on entendait presque les mains se frotter l'une contre l'autre - l'argent vite fait, les énergies non renouvelables. Persuadée que sa manière de faire sera meilleure. Pauvre matante, on devrait l'abonner au compte rendu quotidien de l'Amie du Richelieu, à Pro Publica. On devrait lui faire parvenir des liens pour les tweets d'information sur ces questions.
C'est vrai qu'elle croit savoir mieux que les autres : elle l'a déclaré justement hier, depuis 1981, elle a dû faire une quinzaine de ministères. À mon sens, il ne s'agit pas là un signe de compétence. On ne fait pas le tour de ces jardins-là si vite.
Ce silence, depuis que les citoyens s'alarment avec raison du gaz de schiste, des risques pour l'environnement, du pétrole dans l'estuaire, ce silence est lugubre et je l'entends comme une catastrophe. Elle envoie Scott McKay et Martine Ouellet faire face à la musique, et encore, bien timidement, mais elle reste muette, bien à l'abri derrière le rideau.
Hier donc, je l'ai entendue se dire favorable à Old Harry «dans le respect des citoyens et de l'environnement». Il n'y a pas d'énergie sale dans le respect des citoyens et de l'environnement, madame. Désolée de vous l'apprendre. J'ignore pour qui elle nous prend, mais je crains que ça n'ait rien de flatteur.
Ça m'a mise de mauvaise humeur. Mais ce n'était pas fini. J'aurais dû éteindre à ce moment.
Normand Lester s'est mis de la partie et a suggéré à Pauline Marois de couper les liens avec les syndicats si elle voulait se faire élire. Pendant quelques secondes, je me suis demandé si le Québec était devenu durant la nuit un émule du Wisconsin ou de l'Ohio.
Couper les liens du Parti avec les syndicats?
Et matante Pauline de répondre, doucereuse, qu'elle avait déjà pris d'énormes distances avec les syndicats, à preuve, ces derniers n'avaient pas appuyé le PQ lors des dernières élections; à preuve aussi, les augmentations toutes maigrelettes qu'elle avait accordées du temps où elle était au Conseil du Trésor. Elle a même alors cru bon de parler de son écoute du Conseil du patronat.
Au moins, me suis-je dit, elle pourra compter sur le vote de Normand Lester.
Ça ne vous offusque pas, vous, de lire que les syndicats sont des ogres qu'il faut absolument détruire? pire encore, des hydres qu'il faut décapiter avant l'éradication totale des corporations qui seraient déjà en train de fuir le Québec?
Et les voilà tous deux, jacassant à qui mieux mieux, qui s'en prennent ensuite à Québec Solidaire, malgré que Pauline Marois, comme Normand Lester d'ailleurs, «aime beaucoup Amir». Que voulez-vous, les gens de Québec Solidaire sont des rêveurs; ils vivent dans une bulle; ils ne sont pas sérieux.
Et la bulle corporatiste, elle, qui l'habite? qui a perdu à ce point le sens de la vie, et le sens du vivant, et celui de l'éthique, et finalement celui du politique, pour ne reconnaître en toute chose que le sens de la piastre? Québec Solidaire a au moins un projet de société à présenter. Le Parti québécois aussi, dans le temps, avait un projet de société, mais Pauline était bien petite. Elle a dû oublier.
Cherchant à se mettre en valeur, pour le cas où l'auditeur nunuche n'aurait pas encore compris qu'il devait absolument voter Parti Québécois aux prochaines élections, elle a alors cru enfoncer le clou pour de bon en s'écriant qu'elle avait même entendu Amir parler de décroissance économique! Rien compris, on dirait : pas le moindre progrès depuis les idées de Parizeau, de Landry, de Friedman ou de Hayek! Les affaires, l'argent, les progrès, ils le savent bien, eux, obéissent à des lois naturelles, comme s'ils étaient dotés d'intelligence et de discernement.
C'est pour cette sorte d'argent-là qu'il faut se distancier des syndicats, leur couper les vivres, les empêcher de négocier pour l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent. Obliger en conséquence les travailleurs à se défendre tout seuls, quitte à se voir imposer des conditions de travail inqualifiables.
Pour le duo Lester-Marois, il est un autre domaine à contrôler et les deux penseurs n'allaient pas tarder à s'y attaquer : l'éducation. C'est bien, approuve matante, que les frais de scolarité soient dégelés (il fallait bien qu'elle trouve ça correct, puisqu'elle a appuyé le dégel en 2007).
Je vais vous dire ce qui me met en rogne : jamais on ne mentionne que les universités utilisent pour les immeubles, faute de fonds, une bonne partie du budget qui devrait être consacré à l'enseignement et à la recherche. Comme par hasard, les universités et les cégeps ont un rôle fondamental dans la formation de la pensée critique; faut-il vraiment voir comme un hasard le fait qu'on définance l'enseignement post-secondaire et qu'on le rende moins accessible encore pour les étudiants, dont l'endettement ne cesse pas d'augmenter, et qui ont déjà du mal à défrayer le coût de leurs études? Ça laisse songeur. Il est d'ailleurs difficile de ne pas voir dans la même perspective l'empressement des gouvernements à briser les syndicats qui pourraient contribuer à l'exercice de la pensée critique.
Le reste tenait de la pure salade : j'ai entendu matante dire que les frais de scolarité devraient être haussés - mais pas autant que les Libéraux l'ont fait dans le dernier budget. M'enfin, pas autant dans certains domaines, comme la littérature, par exemple. Ou la musique, d'ajouter mononcle Normand. Pas tout à fait, parce que la musique demande un enseignement par tutorat, de préciser matante. Oui, oui, de poursuivre mononcle, que ceux qui veulent faire de l'argent plus tard, comme les médecins, aient de grosses augmentations de frais de scolarité.
Rien. Le petit désert. Pas la moindre idée. Que du vent putride, des bruits de mâchoires.
J'ai éteint la radio.
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