vendredi 20 janvier 2012

Pierre Falardeau, le film : le retour de l'élastique


Je viens de regarder Pierre Falardeau, le documentaire. J'ai aimé entendre parler cet homme dont j'ai souvent admiré la révolte et le courage de dire, d'écrire et de mettre en scène.

J'ai aimé, comme je dis, entendre parler Falardeau. Mais je n'ai pas beaucoup aimé le film qui essayait de montrer trop de choses à la fois, qui se condamnait au superficiel à tel point qu'à la fin, il ne restait plus grand-chose de Pierre Falardeau qui n'ait été récupéré, plus grand-chose qu'une bande de politicailleux se regardant l'admirer avec des yeux sérieux, jaloux peut-être qu'il n'ait jamais renoncé à la ligne droite de sa quête, eux qui ont préféré le parti du pouvoir pour y arriver. Comme dans Le temps des bouffons, je trouvais. À utiliser sa mort pour se rapprocher de l'idée d'indépendance.

Falardeau avait bien montré, sa vie durant, la voie à suivre : celle de la liberté, de l'indépendance. Il nous avait montré en gros plan à quel point notre pensée même est celle de colonisés. Qu'il fallait voyager léger, ne pas se charger inutilement de possessions.

J'aurais aimé voir sa pensée, son écriture, grandir avec lui. J'aurais aimé entendre parler de ses livres (pas nécessairement savoir qu'il était passé avec Godbout à l'émission de Pivot), de son écriture, du pamphlet. Dans la même veine j'aurais aimé qu'on parle davantage de ses films au lieu de faire la lumière sur la difficulté à trouver du financement quand on s'appelle Pierre Falardeau et qu'on veut parler de l'histoire du Québec, qu'on veut traiter des événements de 1837-1838 ou de la crise d'octobre. J'aurais aimé que les auteurs du film nous en parlent justement. J'aurais aimé qu'on accorde autant d'importance à cela qu'à ce qu'on a considéré comme des insultes à l'endroit de Claude Ryan mort, ou à l'endroit de l'obéissance des médias institutionnels.

J'ai aimé la participation de Julien Poulin, qui parlait de la langue, de leur amitié, de leur complicité, de leur travail autant dans la préparation que dans la réalisation des films. Puisque le documentaire égarait régulièrement son centre, il fallait extraire les passages et en faire mentalement une suite pour comprendre. La même chose vaut – presque – pour Luc Picard. Il s'est approché du coeur quand il a abordé sa rencontre avec Falardeau, mais il s'en est éloigné aussitôt pour parler de son audition ratée, ou de son visage en gros plan qui allait faire de lui le chevalier de Lorimier. J'aurais aimé qu'on le force un peu à raconter ce que le travail de comédien avait de particulier quand on tournait avec Falardeau et qu'on cherchait à raconter l'histoire.

J'ai aimé le petit garçon de Pea Soup qui mangeait du poulet frit Kentucky; on y entendait le silence et l'écoute de Falardeau. Cette capacité de silence et d'écoute qui faisaient certainement partie de lui pour que sa pensée s'articule sans dérailler.

Et puis tout s'est perdu après cela : on s'est mis à faire du bruit. Alors que jusque-là il y avait des erreurs à mon point de vue des erreurs de direction, il s'est mis à apparaître plein de scènes sans rapports les unes avec les autres, qui ont toutes fini par montrer de plus en plus clairement que Pierre Falardeau, après tout, on pouvait "se le payer" et lui faire perdre sa route vers l'indépendance nationale et surtout vers l'indépendance individuelle, primordiale dans la démarche.

Pour cette raison, j'ai détesté l'entendre à Star Académie lire le texte de la chanson de Brel, Ne me quitte pas (soit dit en passant, la pire des chansons, la plus atroce, la plus dégradante, la plus humiliante, la plus honteuse). Je n'ai pas aimé l'entendre avec Martineau, avec Arcand, avec Julie Snyder... Rien que du bruit.

À la fin du générique, j'ai tout à coup compris pourquoi ça allait dans tous les sens, pourquoi ça n'avait pas de centre : remerciements à TVA, à Julie Snyder, à Pierre Karl Péladeau.






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